Prenons l’exemple d’un passant qui, ayant déterminé son action conformément à un projet élaboré le matin même, se promène avec un but précis sur la voie de circulation clairement et rigoureusement délimitée d’un trottoir urbain. Et supposons qu’il se trouve brusquement confronté à la présence négligeable, sur la chaussée, d’un talon aiguille noir, présence absolument non prévue mais tout aussi absolument non prévisible.
Et qu’il en demeure comme ensorcelé.
Lui seul, précisons bien, et non pas les centaines d’autres humains qui, dans des dispositions d’esprit et de comportement analogues, ont vu le talon aiguille noir mais qui, par un automatisme sans faille, l’ont renvoyé sur la voie de circulation marginale des objets curieux mais fondamentalement impropres à pénétrer le système de l’attention, tel que celui-ci se met en place à un niveau pragmatique. Alors que notre homme, lui, brusquement soumis à cette épiphanie aveuglante, arrête net son chemin, spirituel autant que non spirituel parce qu’irrémédiablement arraché à lui-même par une image qui résonne comme un appel impossible à éluder, comme un chant, capable apparemment de se reproduire en écho à l’infini.

Alessandro Barrico – City

Cette citation d’Alessandro Barrico résume assez bien la raison qui m’a poussé en premier lieu à photographier.
Ensuite les choses évoluent, la vision se structure mais reste l’attrait du signal faible.
Une bonne partie de mon travail repose sur cette idée qu’on peut à tout instant être détourné de sa routine, re-routé, ne fut-ce que brièvement. Je tente de rendre compte de cet interstice, de matérialiser cette porte vers une dimension autre. User et abuser des lieux communs jusqu’à l’étourdissement, jusqu’à la transe qui ouvre l’accès à une néo-signification puis dresser un portrait de la routine en forme de puzzle.

Vous trouverez ici quelques séries présentant mon travail de photographie. J’espère que vous apprécierez, n’hésitez pas à me faire part de vos remarques (j’accepte les compliments aussi ☺️).

Boris Drenec